Mobilités et culture : les deux piliers de l’avenir régional

2026 a été décrétée année des mobilités par le conseil régional Centre-Val de Loire. La qualité des transports représente un élément clé de l’attractivité de la région menacée par son défi démographique et ses fractures territoriales. Élus et socio-professionnels se mobilisent.
 

En 2027, la Région Centre-Val de Loire fera du développement de l’offre ferroviaire une priorité. ©Magcentre
 
 
Par Jean-Jacques Talpin.
 
 

Ce jeudi 5 novembre, les élus régionaux examinent, en plus des orientations budgétaires 2027, deux dossiers qui vont rythmer la vie régionale des prochaines années. Les mobilités et la culture sont en effet deux des piliers de l’attractivité. Le Ceser (Conseil économique social et environnemental) qui s’est réuni lundi dernier a présenté un rapport de prospective qui dresse un bilan pas toujours optimiste de la situation. L’avenir régional est en effet menacé par deux dangers selon son président Pierre Allorant : le vieillissement de la population et le départ des jeunes vers d’autres régions plus attirantes. « En 1990, explique-t-il, il y avait 56 seniors pour 100 jeunes. Aujourd’hui nous sommes arrivés à 111 séniors pour 100 jeunes. C’est un vrai danger avec des fractures territoriales qui menacent l’Indre et le Cher. » Par ailleurs, de nombreux jeunes quittent le Centre pour d’autres régions plus attractives en termes d’enseignement supérieur. Comment donc faire revenir ces jeunes après leurs études et attirer de nouvelles populations ? Le Ceser a identifié plusieurs pistes : renforcer l’identité de la région, développer de nouvelles formations, favoriser les mobilités dans tous les territoires, renforcer l’offre de santé, améliorer le cadre de vie notamment à travers la culture.

Un « choc de l’offre ferroviaire »

Après « 2026 année des mobilités », le conseil régional veut faire de l’année prochaine une grande date pour le développement ferroviaire. François Bonneau parle même d’un « choc de l’offre ferroviaire » en 2027. Une ambition qui se déclinera notamment par l’achat de nouvelles rames : 7 en 2027 (135 millions d’euros) sur la ligne Paris-Étampes-Orléans (ces rames seront présentées ce 9 novembre entre Orléans et Toury), 6 nouvelles rames pour Paris-Chartres-Le Mans et 9 en 2029 pour Orléans-Blois-Tours. Au total, des centaines de millions d’euros qui pourraient être supportés par un nouveau dispositif associant les régions Nouvelle-Aquitaine et Occitanie, le SPIIT (société publique interrégionale des investissements en faveur des transports).

Mais cette volonté régionale est entravée par le désengagement de l’État pour la gestion de trois lignes qui entraîne la suppression de 24 millions d’euros qui seront désormais à la charge exclusive de la Région. L’avenir du fer régional passera aussi par les Serm (services express régionaux métropolitains) chargés de développer l’offre autour de Tours et Orléans. Ce projet est relativement avancé à Tours mais en pause à Orléans, ce qui inquiète surtout Pierre Allorant : « Le projet d’Orléans est rabougri à la seule agglomération mais les deux projets ne se parlent pas, ce qui place Blois au centre. L’avenir du Blaisois n’est pas assuré. »

La concurrence du rail arrive !

La communauté d’agglomération Blois Agglopolys a d’ailleurs voté contre le projet de Tours.
En 2032 au plus tard, les lignes régionales devront être ouvertes à la concurrence après appels d’offres. La région a choisi d’allotir, c’est-à-dire d’ouvrir des appels d’offres pour chaque ligne, au détriment d’un lot commun (qui aurait avantagé la SNCF). L’allotissement représentera – selon le Ceser qui aurait préféré un lot unique – « des coûts supplémentaires considérables ». Mais d’ici à 2032, la concurrence devrait déjà être installée sur deux lignes avec 28 rames neuves sur Paris-Orléans-Limoges-Toulouse (POLT) et Paris-Clermont-Ferrand. Seuls deux candidats ont répondu à l’appel d’offres de l’État : la SNCF et la Compagnie privée Le Train.

Mais les mobilités ne se limitent pas aux trains. Du côté des mobilités douces, la région a lancé une offensive de décarbonation des matériels roulants. Le diesel aura ainsi disparu des cars régionaux fin 2028 au profit de véhicules à faibles émissions.

Cap sur les mobilités douces

C’est vrai aussi, pour toucher le monde rural, avec « Rémi autopartage » : la location de véhicules électriques avec 160 unités en service mi-2027 et 170 en fin d’année dans 57 communautés de communes. Une expérimentation est d’ailleurs lancée avec les petites autos sans permis, les Citroën Ami.

Un nouveau service « Remi Covoit’ » verra le jour au 1er janvier prochain. Le covoiturage portera sur des déplacements domicile-travail de 30 kilomètres au maximum : le passager paiera 50 centimes par voyage tandis que le conducteur recevra 1,5 euro par voyage pris en charge par la région pour un coût annuel de 1,2 million. Ce service pourra être prolongé avec une location de vélos en libre-service dans 15 gares régionales. D’autres projets sont encore dans les cartons comme la « billettique unique » associant tous les territoires et tous les opérateurs.

Quand j’entends le mot culture…

Pour beaucoup de collectivités, l’élaboration d’un budget passe souvent par des coupes touchant la culture et les arts vivants. Ce ne sera pas le cas dans la région Centre où, tout compris, la culture mobilise près de 40 millions d’euros annuels avec 64 « projets artistiques et culturels de territoire », 220 festivals aidés, le Cinémobile, Cap Asso, etc.

« La culture n’est pas une variable d’ajustement budgétaire, explique François Bonneau, elle est indispensable pour maintenir la cohésion des territoires. » Dans ce budget, près de 6 millions seront réservés à la promotion de « Bourges capitale de la culture 2028 » qui est aujourd’hui largement supportée par la Région. Mais le Ceser est inquiet : « Des collectivités ne sont pas très engagées, Orléans capitale régionale est absente, les conseils départementaux du Cher et de l’Indre n’ont plus un rond et la SNCF ne propose qu’un aller-retour supplémentaire quotidien par train entre Paris et Bourges. » Mais François Bonneau n’en démord pas : « Tous les engagements pris par les collectivités doivent et seront tenus ! »

 
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