Orléans Métropole veut bâtir pour 2022 une “Cité des arts vivants”

Ce qui vient d’être récemment nommé “Cité de la musique ” d’Orléans s’appellera, de fait, “Cité des arts vivants” nous révèlent Nathalie Kerrien, adjointe au maire chargée des affaires culturelles conseillère départementale, et Philippe Barbier, adjoint au maire chargé de la musique et du patrimoine historique. En effet, le complexe qui devrait voir le jour en 2022, voire 2021, sur 5.300 m² à la pointe Nord du pont de l’Europe accueillera la nouvelle salle des musiques actuelles mais aussi le conservatoire de musique. Il s’imposait ainsi de tenir compte, dans l’appellation du site, des enseignements théâtre et danse également dispensés dans l’école orléanaise à rayonnement départemental.  Cette dernière, qui devait un temps s’installer sur le site de l’ancien hôpital Madeleine quittera, à terme, le centre-ville. Et l’Astrolabe, la salle du Baron donnant sur les mails.

L’Astro

 

De projets en projets

En vérité, c’est depuis de nombreuses années que se pose la question de la rénovation du Conservatoire, grand bâtiment vétuste mais de cachet de  la place Sainte-Croix. Un attachant film de l’INA de 1977 montre le fonctionnement de l’école et l’on y entend notamment René Thinat, alors maire d’Orléans, affirmer avec confiance que l’établissement dirigé par Claude-Henry Joubert, serait, comme promis par Michel d’Ornano, ministre de la culture et de l’environnement, rénové. D’autres directeurs, Jean-Dominique Krynen, puis Agnès Hervé-Lebon, travaillèrent eux aussi sur différents projets.

Mais c’est en décembre dernier qu’Olivier Carré, maire de la cité décidera que l’école , à présent dirigée par Véronique Thery, et qui compte quelque mille trois cents élèves et cent professeurs pour quarante disciplines enseignées, ne s’installerait plus,  comme envisagé  sur le site  de l’ancien hôpital Madeleine, mais sur ce grand espace situé à l’ouest d’Orléans, inscrit dans un quartier qui va du reste faire l’objet de nombreux aménagements.

“Un geste architectural fort”

Nathalie Kerrien, qui depuis 2014 s’attache notamment à l’émergence des musiques actuelles, à propos de ce changement de site. “Il nous a semblé un temps cohérent de faire venir, à Madeleine, sur un même lieu l’enseignement supérieur le conservatoire et la salle des musiques actuelles. Olivier Carré a toutefois eu le sentiment que la pointe du pont de l’Europe devait vivre avec la création de cet établissement public cette fois non et trop enclavé. Par ailleurs essentiel était pour lui d’offrir à tous un geste architectural fort. Pour ce projet, ce bâtiment d’appel, nous travaillons en concertation avec le Frac Centre, structure elle aussi soucieuse de l’évolution de la ville et de l’apport d’une nouvelle et belle signature.”

Conservatoire et Salle des musiques actuelles

Résonnant en manière de métropole, soucieuse de ne pas tout concentrer en hyper centre et de jouer la carte de l’ouverture, en l’occurrence ici sur Saint-Jean-de-la-Ruelle et Saint-Pryvé, Orléans va ainsi déplacer, tout en conservant en l’état les deux annexes des quartiers La Source et Blossières, les deux établissements de la place Sainte Croix et de la Place la République sur un même site situé, en tram, à douze minutes de la cathédrale Sainte-Croix.

A proximité du Pont de l’Europe devraient ainsi s’édifier des bâtiments adaptés et spécifiques au Conservatoire (salles de cours de musique, de danse, de théâtre, auditorium) et à la Salle des musiques actuelles (SMAC). Frédéric Robbe, directeur de l’Astrolabe y désire deux espaces : une salle   de 250 à 300 places en version club et une autre 1000 places à configuration assis debout. Entre les deux structures devrait exister un espace mutualisé avec studios de répétition, d’enregistrement, de captation vidéo ainsi qu’un centre de ressources.

Une interrogation côté élèves…

Le déplacement du Conservatoire sur le site du pont de l’Europe est toutefois susceptible de poser question quant aux déplacements des élèves.

On ne peut éluder  ce souci même si la future Cité des Arts Vivants sera desservie par le tram. Compte tenu du fait que bon nombre de jeunes musiciens sont, soit collégiens ou lycéens en cœur de ville comme dans l’agglomération orléanaise, il va falloir, pour ces derniers,  jongler avec les différents horaires, l’éloignement et les trajets. Même chose pour les parents usant souvent de leur voiture pour accompagner leurs enfants en devant tenir compte de leur emploi du temps personnel,  professionnel ou familial. 

La question se posera également pour l’adaptation aux classes à horaire aménagé. Ainsi que pour les plus jeunes, âgés de huit ans  qui devront embarquer leurs instruments dans le tram. C’est à tout cela que devront ainsi réfléchir conservatoire, association de parents d’élèves, ville et service pédagogique de l’établissement orléanais dispensant les cours de musique (solfège, histoire de la musique et instrument), danse et théâtre,  dans des locaux contemporains.

 

“Une porte d’entrée à la culture”

Frédéric Robbe, directeur de L’Astrolabe, l’un des phares de la création musicale régionale et nationale installé au dernier étage du complexe orléanais du Baron :  “Je suis content qu’il y ait une vraie réflexion sur la nécessité d’un lieu de musiques actuelles à Orléans. Même si notre Astrolabe est bien, nous sommes loin de l’emprise des lieux récents qui sont en fait les premières portes d’entrée d’un public à la culture. C’est en décembre que le maire nous a informés de son choix. J’aurais trouvé bon d’avoir en amont une discussion avec évaluation des forces et des faiblesses des projets mais, cela dit, je trouve le nouveau site intéressant. Il a une très belle exposition, c’est l’un des plus beaux spots d’Orléans susceptible de de devenir un endroit remarquable de plaisir et de loisir.

L’Astrolabe

En définitive, nul doute que toute vue éclatante, avec un souffle cool et nature, soit une valeur ajoutée pour un lieu culturel.  Cependant, reste à savoir ce que l’on va faire dans cette cité qui réunira conservatoire et salle des musiques actuelles. Si la musique est un dénominateur commun, nous ne faisons pas le même métier et tous les lieux de musique ont besoin d’une vraie identité. Il ne faut ainsi pas se rater et j’attends vraiment que la réflexion architecturale, les réponses apportées par les études et les décideurs, parviennent à une vraie cité pour chacun. Attachées à la création à la diffusion et à l’accompagnement, les salles de musique actuelles sont des lieux transgénérationnels avec des missions attachées au label ministériel.”

L’avenir des anciens bâtiments

Que va devenir, à terme, la belle salle de l’Institut, l’un des fleurons du patrimoine de la cité ? Nathalie Kerrien ne cache pas l’intention de la ville de la restaurer mais avec le désir de la conserver, à la demande de beaucoup de musiciens, mélomanes et de l’association Fortissimo, dans son jus. Des études sont déjà engagées. 

Nathalie Kerrien: “Cette salle gardera sa vocation de salle de concert mais il ne faudra pas, dans les futurs travaux, la dénaturer. Il nous faudra seulement la rafraichir sans en faire trop pour qu’elle ne perde pas son âme”.

La salle de l’Institut

Qu’adviendra-t-il de la chapelle de l’Hôpital Madeleine, qui avait été un temps l’un des cœurs sonores du projet Madeleine Nathalie Kerrien:  “Nous souhaitons toujours qu’elle devienne un auditorium, mais, pour cela, il nous faudrait trouver du mécénat Quoi qu’il en soit, cet édifice réalisé par l’un des architectes de Louis XIV est dans l’immédiat fort heureusement hors d ‘eau et préservé .”

En ce qui concerne le bâtiment de la place Sainte-Croix, il devrait être affecté à des logements. Quant à l’Hôtel des Créneaux, place de la République où sont notamment enseignés théâtre et danse, mais aussi l’orgue dans le saloir, Nathalie Kerrien nous confie qu’Olivia Voisin, directrice des musées d’Orléans a, pour ce site, « un projet muséal plutôt tourné vers l’histoire”. En ce qui concerne, l’avenir de l’espace Astrolabe il n’y pas de projet encore arrêté nous dit Philippe Barbier.

cours d’art dramatique

Un travail en réseau 

Toujours côté musique, et compte tenu de cette perspective de regroupement d’identités culturelles, on est en droit de se demander si les formations en résidence ou associations accueillies par la ville vont déménager de leurs hébergements administratifs pour rejoindre la fameuse Cité. Les Folies Françoises, La Rêveuse, Orléans Concours International ou la Musique Municipale resteront de fait dans leurs locaux attribués en cœur de ville. Il en est de même pour Orléans Concerts dont l’Orchestre Symphonique ne se produira pas dans les salles de la future cité. A l’horizon 2020, la phalange de Marius Stieghorst, devrait, en effet, se produire dans le grand auditorium de mille places et a l’acoustique adaptée du Centre Orléans Métropole (CO’MET).  

Par ailleurs, au chapitre des acteurs musicaux de la ville, Nathalie Kerrien, comme elle s’y attache depuis 2014, entend continuer d’harmoniser le réseau des musiques actuelles où l’on retrouve Musique et équilibre ainsi que Polysonic aux compétences complémentaires. “Tous contribuent à l’écosystème de nos musiques” dit de son côté Frédéric Robbe.

Au cœur d’un maillage

Aujourd’hui, avec cette future Cité, Orléans entend poursuivre un maillage culturel d’importance constitué de restauration du patrimoine et de création d’espaces. Médiathèque de La Source, Maison des arts et de la musique Saint-Marceau, Argonaute, Mobe, Lab’O, futur centre artistique Dessaux, Orangerie du jardin des plantes, entre autres, en témoignent.

Les vinaigreries Dessaux.

Quel sera, enfin, le coût de cette opération Cité des arts vivants ? De pas moins de trente millions d’euros répartis pour moitié côté Salle des musiques actuelles et pour autre moitié côté Ecole de musique, danse et théâtre. Un cofinancement équitable désiré, Ville Département Région et Etat, devrait lui permettre de voir le jour.

En attendant le « La » de la première pierre, c’est à la fin 2019 qu’un concours d’architecture sera lancé. Il le sera suite au cahier des charges établi par la ville à ‘écoute de ses interlocuteurs intéressés par ce grand projet. Un projet d’établissement public fort, dans un quartier central et ouvert de la métropole. A deux pas des arches et de la symbolique grande harpe du pont de l’Europe qui relie les rives et les hommes.

Jean-Dominique Burtin.

Video Ina www.ina.fr/ video/PAC05007424 ” Conservatoire de musique d’Orléans, la note est lourde” 

CO’Met, projet unique en France réunissant, au sud d’Orléans salle de sports, palais des congrès, parc des expositions et Zénith.

 

 

Commentaires

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  1. Excellent projet et très bon article sur ce sujet. Les activités culturelles dans une Cité rapprochent les personnes et sont intergénérationnelles. Elles s’inscrivent dans une vision “Humaniste” d’une Société qui se transforme parfois en prenant le chemin inverse ! Ce projet contribuera à faire d’Orléans une Cité des Arts. Bravo !

  2. Vous êtes sûr que c’est assez loin au pont de l’Europe ??? moi je l’ais mise à saint pryvé pour être bien sûr qu’un minimum de monde y aille…. décidément ça aura toujours été n’importe quoi la gestion de cette salle, depuis sa création….

  3. “Le déplacement du Conservatoire sur le site du pont de l’Europe est toutefois susceptible de poser question quant aux déplacements des élèves.” : au vu des nombreux vélos stationnés près de la place Louis XI, c’est l’occasion de développer un authentique itinéraire cyclable en site propre depuis le centre ville. Et surtout, améliorer significativement le carrefour de la tête nord du pont en matière de circulation des personnes à vélo.

  4. Je me réjouis que la tête Nord du pont de l’Europe trouve enfin un projet utile. Et la question qui tue est : que va devenir l’ancien hôpital Madeleine ?

  5. Une absurdité que de choisir de déporter la culture en périphérie dans ce quartier où rien ne se passera jamais, plutôt que de tenter de la ramener au coeur de la ville !

    BRAVO aux élus pour cette décision : une bonne grosse et belle connerie qui va permettre de vider davantage le centre ville (déjà déserté par les commerces) et très certainement rebuter davantage tous les parents d’élèves du conservatoire qui se tapent déjà 3 ou 4 A/R hebdo pour accompagner leur chérubins à leurs activités !
    ça s’appelle se tirer une balle dans le pied !

    • Que penser alors de la cité de la musique de Paris, de la Philharmonie, de la cité de la Villette construite à la place des historiques abattoirs, bien loin du 1er arrondissement … un quartier devient ce qu’on en fait, en fonction de ses équipements, de sa population ,de ses usagers et de sa déserte par les transports en commun et individuels. 12 mn en transport en commun en partant du centre ville … parlez-en aux parisiens … L’astrolabe a besoin d’un vrai lieu, le conservatoire à peut-être besoin de plus d’espace. Le fait de créer un lieu commun d’activités artistiques, musicales à quelques minutes du centre ville par le tram, donner une identité à un quartier qui en manque me paraît être une bonne idée. Un réel projet d’urbanisme d’envergure et sans doute nécessaire. Contrairement à bcp d’autres projets et décisions d’Orleans Métropole avec lesquels je serais bcp plus circonspect voir en désaccord.

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